Introduction
Le château de Bournand est situé dans le bourg du même nom, au nord de la Vienne, aux confins de la Touraine et de l’Anjou.
Bournand, cité dans un document de Charles le Chauve en850 : « villa Burnomo » (le domaine de Bournand), fut habité dès la préhistoire comme en témoigne l’admirable dolmen de La Pierre-Folle.
Dans l’organisation féodale, le château de Bournand relève de la châtellenie de Ranton (86) à l’exception de la «grosse tour et pavillon » qui relève de l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire (49).
Toponymie : « Ambiguité gallo-romaine pour le toponyme Bournan (Burnomo en 850) dont l’éponyme est Burnus associé à magos, considéré par les uns comme gaulois, par les autres comme romain ». On s’accorde pour proposer le mot gaulois : « champ, champ de foire, marché… » donc le champ de Burnus…
« D’après un aveu du 15 janvier 1752, Ranton était tenu du roi à foi et hommage lige à une maille d’or à muance de seigneur ; il avait dans sa mouvance : la Tour de Mignac, paroisse de Glenouze, la maison noble de la Thibaudière, alias le Petit Chavigny en Ranton, la Grand’maison, alias Petit Brézé en Ranton, la seigneurie de la Cour, le château de Bournand et la chapelle de Saint-Julien-des-Quirit, à Sainte-Croix de Loudun.»
Avant 1329 - entre fin 1374 et fin 1387 : Les La Haye - La guerre de Cent Ans
En 1329, du temps du premier Valois, le « seigneur de Bournand », Guyon de La Haye, est choisi comme exécuteur testamentaire par Mabille de Maulévrier, épouse de Tristan de La Jaille, avec six autres gentilhommes du pays (en plus de ses deux filles et gendres).
Si on ne connaît pas la date à laquelle les La Haye sont devenus seigneurs de Bournand, on les croise dès 1260, paroisse de Saint-Hilaire-Le-Doyen, proche de Montreuil-Bellay (49), où ils possèdent la seigneurie de La Salle.
Fils, petit-fils ou neveu de Guyon de La Haye, Robin ou Robert de La Haye est seigneur de Bournand et de « Saint-Hilaire de Ledeau», alias la Salle.
La guerre de Cent Ans et les châteaux du Loudunais : Vers 1350 «s’élevèrent ou se complétèrent comme autant de forts isolés protégeant Loudun, ces bons châteaux de Berrie, Verrières, La Motte, Bournan, Bois-Gourmont, Bois-Rogues, Monts, Saint-Cassien, Ranton et surtout Curçay…»
Cité parmi les «barons du Loudunais» – Jean de La Jaille, Briant de Saint-Cassien, Guillaume Gourmont, Huet de Cursay – qui «firent une guerre acharnée aux Anglais et gardèrent au roi de France son château de Loudun et ses possessions du Loudunais», présent à la bataille de la «Mote de Bourbon» et aux sièges de la «Mothe de Baussay», Robin de la Haye est capitaine de Montreuil-Bellay en 1370.
Décédé entre fin 1374 et fin 1387, il est inhumé en l’église des Cordeliers de Loudun.
Sa bravoure le fait entrer dans la légende.
« Autrefois les paroisses de Véniers et de Bournand étaient hantées par un monstre cruel, une sorte de basilic qui s’embusquant tantôt à la Fontaine Adam tantôt à la Fontaine Boyvin, se jetait sur les passants attardés et les dévorait sans en laisser de trace. Tandis que par une nuit, le Grand Robin regagnait son château de Bournand, il fut assailli par le basilic au passage du bois de la Dorelle.
Le chevalier transperça le monstre d’un coup de sa lance qui se rompit. Ayant mis pied à terre, il acheva la bête avec son épée et poursuivit son chemin. Au matin, le cadavre répandait à travers la campagne une odeur pestilentielle. Les paysans, avec des attelages de bœufs, traînèrent la dépouille à Epeines et l’enfouirent sous le dolmen».
Son frère, Pierre, est dit seigneur de «Saint-Hilaire de Ledeau» (alias La Salle) en 1372.
1372 ou après - avant 1415 : Les La Haye ruinés - les Craon
La guerre deCent Ans ruine de nombreux « chevaliers » dont les La Haye, obligés de se séparer de la seigneurie de Bournand.
Elle est acquise par Guillaume II de Craon (né vers 1340, décédé avant le 6 juin 1410), vicomte de Châteaudun, baron de Sainte-Maure, seigneur de Montbazon, Villandry, Savonnière, Montsoreau, Moncontour… qui la lègue à son fils Jean.
Avant 1415,Jean de La Haye, seigneur de La Salle, rachète le domaine familial, ignorant qu’il est grevé d’une rente de 50 livres envers Guillaume Sanglier.
Fortuné, Guillaume V Sanglier, seigneur de Bizay (actuelle commune d’Épied, 49) et de La Guillotière (située justement à Bournand) sert de banquier aux gentilhommes du pays !
Le bois de Craon qui existe toujours, dont une rue du bourg porte le nom, n’est sans doute pas étranger au passage, à Bournand, de cette prestigieuse famille.
Avant 1415 - 1682 / 1699 : Les La Haye et leurs descendants (Théligny, La Noue, Cordouan)
Les La Haye
Jean de La Haye, chevalier, nouveau seigneur de Bournand, « ayant refusé de payer » la rente de 50 livres à Guillaume Sanglier, se voit assigner en justice par ce dernier qui décède peu après. Sa veuve, Jeanne de Rougemont, reprend le procès devant le juge de Loudun et obtient gain de cause. Jean de La Haye en appelle au parlement qui confirme la sentence du premier juge, par arrêt du 22 juin 1426.
Cette même année 1426, Jean de La Haye rend hommage pour la seigneurie de La Salle.
En 1439, le seigneur de Bournand décède et est inhumé dans le chapitre des Cordeliers de Loudun. Il avait épousé la Dlle Rabasté, fille de Thibault et de Colette des Bourdeau, seigneur et dame des Roches à Loudun.
Son fils Thibault, seigneur de Bournand, La Salle et Le Preuil (actuelle commune de Bouillé-Saint-Paul, 79) décède entre 1442 et 1448.
Fait peu commun : Catherine de La Tour-Landry, sa veuve, et Marie de La Haye, leur fille, épousent le même jour (20 août 1449) Olivier d’Aubigné et son fils François d’Aubigné.
A l’occasion de son mariage, Marie de La Haye reçoit de son frère, Joachim, la maison du Preuil, par acte du 16août 1449.
Joachim de La Haye hérite de Bournand dont il est seigneur en 1448, ainsi que l’atteste Louis d’Amboise, seigneur de Berrie en Loudunais, vicomte de Thouars, seigneur de Talmont et autres lieux, qui le compte, à cette date, parmi ses vassaux. Ses voisins sont Thomas Houssard, seigneur de Bour (en Bournand) et Jehan Odart, seigneur de Chandoiseau (actuelle commune des Trois-Moutiers, 86). Il est aussi seigneur de La Salle.
Le 1ermars 1482, Joachim de La Haye fait un arrangement avec Macé Lalemant, prieur de Bournand, qui lui concède « un petit jardin situé en la clouaison du prieuré joignant au clocher de l’église, d’une part et d’autre part au cueur de la dite église pour illec édifier par le dit escuier une chappelle en l’honneur et révérence de la glorieuse vierge Marie ».
Cette même année, le 21 novembre, Joachim de La Haye et son épouse, Renée de Varie, font ratifier leur mariage à Bournand.
Joachim de La Haye décède en 1483, sans doute avant que la petite chapelle ne soit édifiée, car il est inhumé «avec l’habit» dans le chapitre des Cordeliers de Loudun. Joachim et Renée de Varie ont une fille Charlotte et peut-être une autre fille ou nièce, Jeanne, inhumée en 1510 dans le chapitre des Cordeliers de Loudun.
Les Téligny (Théligny, Thelligny)
Un acte de 1501 qualifie Charlotte de La Haye de « dame de Bournand et de Chandoiseau ».
Elle a épousé à une date qu’on ignore François de Théligny seigneur de Lierville (actuelle commune de Verdes, 41), qualifié de seigneur de Bournand lors de l’enregistrement de la Coutume du Loudunais en 1518. Dès 1522, Charlotte de La Haye est veuve.
Les Théligny ont un fils, Louis, né en 1512, uni à Arthuse Vernon, fille de Raoul, grand fauconnier de France, héritière de Montreuil-Bonnin (actuel canton de Vouneuil-sous-Biard, 86). L’aîné de leurs cinq enfants Charles Louis naît en 1535.
Alors que ce dernier a 19 ans, qu’il est « l’un des enfants d’honneur de monseigneur le dauphin », Charlotte de La Haye, décide de l’avantager afin « que le dit Charles puisse advenir et avoir plus de moyen pour s’entretenir au service du roi (Henri II) et de monseigneur le dauphin (futur François II) et en ce, suivre ses prédécesseurs, afin aussi qu’il puisse trouver meilleur parti en mariage et en lieu et maison pour se retirer avec sa femme si bon lui semble se marier et pour autres causes et parce que ainsi lui a plut».
Charles Louis reçoit « la maison, terre et seigneurie de Bournand », l’usufruit de la maison et appartenances de Chandoiseau et celui d’une seigneurie située « en la paroisse de Varannes Vallée, Pays d’Anjou », tout le mobilier… L’acte est signé le 12 octobre 1554.
S’il vient à décéder les biens iront à ses frères et sœurs, dans l’ordre cité dans l’acte : Scipion, Hannibal, Marguerite et Henriette.
Devenu protestant, Charles Louis de Théligny est un des chef de la rébellion aux côtés de son beau-frère François de La Noue, du grand amiral de France, Gaspard de Coligny, et de François d’Andelot-Coligny, son frère.
En 1571 il épouse Louise de Coligny et meurt l’année suivante, sans hoir, lors du massacre de la Saint-Barthélémy.
Les La Noue
François de La Noue a épousé en 1560 Marguerite de Théligny, la sœur de Charles Louis, seigneur de Bournand. Elle lui a apporté en dot des terres en Languedoc et Rouergue et l’important fief de Montreuil-Bonnin, possessions de sa mère, Aréthuse Vernon.
Elevé dans l’entourage des Coligny, fervent protestant, à la fois grand soldat et écrivain, François de La Noue forme avec son épouse Marguerite un excellent ménage dont sont issus trois enfants : Odet, Théophile et Anne. Marguerite meurt en 1571…
A la suite du décès sans descendance de Charles Louis de Théligny, la seigneurie de Bournand passe aux La Noue et celle de La Salle, à sa sœur Henriette de Pierre-Baffières qui s’en dessaisit le 28 décembre 1576.
François de la Noue Bras de Fer : Il participe aux combats de Jarnac et Moncontour (Vienne), perd le bras gauche à Fontenay-le-Comte (1569) et le fait remplacer par un bras-de-fer ; ce qui lui vaut son célèbre surnom. Après une première expédition en Flandre, il est envoyé par le roi Charles IX à la Rochelle (1572). Appuyé par le duc d’Alençon, propre frère du roi, il pousse les protestants de l’Ouest à reprendre les armes, devient leur chef mais les quitte (1573). Captif des Espagnols (1580-1585), il rédige ses Discours politiques et militaires… Rallié à Henri de Navarre (1589), présent à Arques (1589) et Yvry (1590), il est mortellement blessé au siège de Moncontour (Bretagne), en 1591.
Théophile de La Noue porte le nom de « Bournan », lors de son union avec Anne Hatte le 29 avril 1596.
Il est dit« seigneur de Théligny, de la Rochebesnard, le Tronchay, Bournan, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy ». Protestante, Anne est la «fille de feu Euverte Hatte, vivant escuyer, sieur de Noysement, gentilhomme de la chambre ordinaire du Roy, et de demoiselle Marie de Mareau, dame dudit lieu…».
Le 25 octobre 1622, dame Anne Hatte, « veuve de haut et puissant seigneur messire Théophile de La Noue, seigneur de Théligny, La Roche Besnard, le Tronchay, Bournan et le Monteil », donne à titre de ferme, pendant sept ans, à Mrs Paul Bonneau, conseiller du roi à Chinon, Pierre Saint-Laon, greffier à Loudun, Daniel Gaultier, apothicaire à Loudun et Me Pierrre Turmeau, les maisons, terres et seigneuries du château de Bournan et le Monteil « en ce pays de Lodunois » consistant en maisons, terres labourables et non labourables, prés, garennes, fuies, cens, rentes, dîmes de blé et de vin…
Parmi les conditions de cette ferme figurent entre autres celles par les preneurs :
« De faire tenir les assises quatre fois par an, en chaque seigneurie de Bournan et du Monteil, de payer les gages et nourrir les officiers lors de la tenue des assises.
« D’entretenir le logis du château de Bournan et métairie de celui-ci de couvertures, les chambres qui sont pavées ou carrelées de pavés ou de carreaux, les vitres des fenêtres des logis.
« D’entretenir les fossés du parc durant les sept ans de la ferme, de nourrir la dame bailleresse, elle et sept à huit de ses gens et six chevaux huit jours durant lors que la dame ou autres gens pour elle viendront au lieu de Bournan.
« De planter chaque an quinze sauvageons, tant poiriers que pommiers aux jardins des lieux, d’entretenir les allées des jardins qui sont renfermés et leurs planches en herbes de potager.
« Cette ferme faite moyennant la somme de onze cent livres tournois payable tous les ans à la dame bailleresse en sa seigneurie de la Roche Besnard. »
Il est aussi convenu que si la propriétaire décidait d’aller faire sa demeure au « chastel » de Bournand, les preneurs ne pourront l’en empêcher ou prétendre à une diminution du fermage.
Le 23 juin 1630, Anne Hatte, a reconnu avoir reçu des fermiers preneurs la somme de cinq mille deux cent quarante trois livres, quatre sols, six deniers à déduire sur le prix de ferme des sept années contenues au bail.
Les Cordouan
Anne de La Noue, fille unique de Théophile et d’Anne Hatte, épouse le 8 décembre 1626 à La Roche-Bernard (actuelle commune de Saint-Denis-les Ponts, 41), « messire Jacques de Cordouan, chevalier, seigneur de Mimbré ». Ce dernier rend hommage à l’abbaye de Saint-Maur le 6 avril 1628 pour la « tour », dépendant du château de Bournand « comme mari de dame Anne de La Noue » et au seigneur de Ranton, Paul Aubin en 1643, pour la seigneurie de Bournand :
« Nous reconnaissons et avouons tenir de vous à cause de votre chastel terre et seigneurie de Ranton à foi et hommage plain, droit de rachat et loyaux aides quand elles échoiront et à un roussin de service, à mouvance de seigneur, tel qu’il vous plaira, suivant la coutume de ce pays de Loudunois : Notre dite terre et seigneurie de Bournand, consistant en domaines, dîmes, cens, rentes, vassaux, ainsi que plus amplement le tout sera ci-après spécifié, désigné et confronté. Avec les droits de fiefs, haute, moyenne et basse justice.
« Premièrement ; s’ensuit mon domaine c’est à savoir mon chastel du dit lieu de Bournand consistant en corps de logis, tours, pavillons, écuries, greniers, caves, celliers et cours ainsi que le circuit des murailles, douves et fossés étant autour, la contiennent, sans rien en réserver fors la grosse tour et pavillon de notre dit chastel que nous tenons de l’abbaye de Saint Maur sur Loire.
« Comme encore tenons de vous nos jardins enfermés de murailles joignant les douves de notre dit chastel avec notre part de garenne appelée le Bois de Craon, planté en bois de haute futaie et taillis dessous et une pièce de terre labourable dans laquelle sont plantés plusieurs arbres fruitiers, appelée les grands jardins, le tout en un tenant et enfermé de fossés contenant soixante dix arpents, joignant d’un long à notre poublaye ci après confrontée, d’autre au chemin tendant de Vézières à Bournand, d’un bout au bois de Chanteloup et d’autre au cimetière de Bournand qui autre fois dépendait de nous et était dans nos domaines et fut baillé par nos prédécesseurs à la paroisse de Bournand pour servir de sépulture.
« Une pièce de terre labourable appelé le champ de la Fuie proche de mon dit chastel et y joignant le chemin tendant de Bournand à Andilly par un bout, d’autre bout le chemin tendant de Bournand à Falleron, d’une heure à la terre ou ouche de Me Daniel Drouin, d’autre bout le chenevil de Me Jehan Turmeau et autres contenant la dite pièce trente boisselées ou environ dans laquelle est bâtie et construite ma fuie à pigeons, laquelle pareillement je tiens de vous sous le dit devoir, comme les autres choses spécifiées et mentionnées au présent aveu.
« Item sur une autre pièce de terre en chèneveau contenant six boisselées appartenant au dit Trumeau et aux héritiers de Denis Douteau joignant d’une heure mon champ de la Fuie, de l’autre la venelle ou ruette appelée la venelle du château, des deux bouts les dit deux chemins ci-dessus de Bournand à Andilly et à Falleron. »
Sa compagnie est fort appréciée du voisinage ainsique l’atteste Adolphe de Borstel, maître de La Jaille (actuelle commune de Sammarçolles, 86), dans un courrier adressé au généalogiste Pierre d’Hozier.
«M. de Mimbré» a un fils, René, qui a épousé, en 1653, Marie de Saint-Simon de Courtomer. Après quatre ans de mariage, Marie accuse son époux d’impuissance. René de Cordouan se défend et demande à prouver sa virilité devant témoins : ce qu’on appelait à l’époque « la preuve du Congrès ». Il échoue, demande un second essai qui lui est refusé…
Le Congrés : « Le Congrès est une pratique, uniquement française ayant duré environ 100 ans sous l’Ancien Régime, demandée par une femme en vue d’annuler son mariage pour cause d’impuissance de l’époux. Cette pratique humiliante, réalisée en public, rabaissant les humains au rang d’animaux, fut heureusement abolie en février 1677»
Marie de Saint-Simon épouse Pierre de Caumont, marquis de Boesse. René de Cordouan épouse Diane de Montaut de Navailles.
Une série de procès va s’ensuivre pendant quelque vingt ans…
Les Caumont auront trois filles et les Cordouan sept enfants !
Le 26 février 1682, le seigneur et la dame de Bournand sont condamnés « à faire foi et hommage ». La seigneurie va passer en d’autres mains.
1682 / 1699 - 1809 : Les Lamoignon de Basville - Les Maupeou : "le marquisat"
En 1685, le «S. Delamoignon de Basville, conseiller d’Etat» (1648-1724) achète «la Motte de Baussay ou Champdenier» actuelle commune des Trois-Moutiers (86), saisie par les créanciers de l’illustre François de Rochechouart. Il acquiert aussi d’autres domaines, dont Bournand.
La seigneurie de Bournand est acquise par Nicolas de Lamoignon entre 1682 et 1699, date à laquelle ses armes apparaissent sur le dessin de la collection Gaignières représentant le château.
Ces terres érigées et élevées « en titre et dignité de marquisat » en 1700 passent à son fils, Guillaume de Lamoignon.
Après lui, le marquisat de La Mothe appartient à ses trois filles. Par licitation (1766) l’aînée, la dame de Maupeou, et la troisième, la dame de Gagne de Périgny, rachètent à leur neveu de Gourgue (fils de leur sœur décédée) sa part et se trouvent chacune propriétaire de la moitié du vaste domaine.
En 1767, René Nicolas Charles de Maupeou,« premier président au parlement de Paris », hérite de la part de sa mère et obtient, du roi Louis XV, que le titre et dignité de marquisat, sous le nom de La Mothe, passe à « sa postérité et hoirs et descendance de lui tant mâles que femelles nés et à naître en légitime mariage… » et que le domaine soit grossi de ses nouvelles acquisitions.
En 1781, il rachète à sa tante de Gagne de Périgny sa part, se constituant ainsi une magnifique propriété, vendue par ses descendants et leurs collatéraux, en 1809, aux Hennecart.
Pendant 120 ans, les domaines du marquisat sont gérés par des fermiers généraux, intendants ou hommes de confiance qui, à leur tour, y placent des fermiers
Lorsque les Lamoignon deviennent propriétaires de Bournand, le fermier de la seigneurie est Jean Mallecot depuis au moins 1683. Lui succèdent sa fille, Suzanne, et son gendre Etienne Foucher. Veuve, Suzanne Foucher décède au château, le 20 septembre 1726, entouré de ses quatre enfants: Etienne, Pierre, Jacques et Suzanne. Marque de respect et considération, elle est enterrée «dans l’église».
En 1759, le fermage est entre les mains de François Foucher et sa femme Marie Anna Besnard.
Vingt ans plus tard – 1779 – la seigneurie est confiée à la demoiselle Hamelin « veuve du sieur Hugues Gabriel Pousset », vivant à Loudun, et à Hugues Gabriel Pousset, marchand, habitant La Roche, paroisse de Saint-Léger « acceptant solidairement la terre et seigneurie de Bournan consistant en logement, terres, prés, bois, dîmes du château et tiers de celle de Lambrey, avec celle de Monteil, le bail fait pour la somme de 1 850 livres et à la récolte de foins 24 quintaux du meilleur des prés, 24 pigeonneaux, une busse de vin blanc du crû de la dîme du Monteil, enfûté à neuf, et deux dindons gras à Noël… ».
Sous le Directoire (1798), le fermage passe du sieur Pousset aux citoyens Clément Savary et Vincent Boileau.
1809-1818 - Les Hennecart : la division du bâti
Par acte passé devant « Mes Chodron et Le Pelletier, son collègue, notaires impériaux à Paris »[1], le13 février 1809, François Hennecart et son épouse Augustine Vanot achètent la presque totalité de l’ancien marquisat de La Mothe.
Leur désir est d’avoir un grand domaine – d’un seul tenant – consacré à la culture, la vigne et la chasse ; ce qui les amène à se séparer des propriétés les plus éloignées du château, à commencer par les terres de Curçay et de Véniers en 1817.
L’année suivante, le 25 septembre 1818, ils vendent les bâtiments du château de Bournand et quelques terres à « Francois Périot, percepteur du canton de perception de Bournand, et dame Madeleine Chrétien son épouse demeurant à Bournand, et à Joseph Ferron-Richard dit Sillault, cultivateur et fermier, demeurant à Chantdoiseau ».
François Périot a le château : « une maison couverte en ardoise appelée le château de Bournand, servitude, portion de cour et enclôture y attenante située dans le bourg… La dite maison consistant en une cave sous toute la longueur du bâtiment, quatre chambres de plein pied au dessus de la dite cave, un vaste grenier sur le tout et derrière laquelle il existe une élévation de terre en pente pour lui servir d’appui sur une longueur d’environ six mètres. Les dites servitudes consistent en une écurie attenante au dit bâtiment principal, une chambre à cheminée à la suite plus loin après la porte de l’enclôture, trois petits toits à menu bétail, à la suite une chambre à four, auprès de laquelle il y a un puits. Plus trois pièces de terres désignées dans l’acte. Le tout pour la somme de 6 451FR56. ».
Joseph Ferron-Richard a « les servitudes et portions de cour dépendant du dit château de Bournand » et quelques terres : le tout pour 4 800 francs.
Le partage des bâtiments entraîne quelques contraintes :
« 1. Pour séparer les portions de cour ci-dessus vendues, il sera construit un mur à frais commun entre le Sr François Périot et le Sr Joseph Ferron-Richard, lequel mur aura un mètre neuf cent quarante neuf millimètres de hauteur, non compris les fondements et le chapeau, le Sr Joseph Ferron sera tenu et s’oblige de transporter à ses frais, tous les matériaux quelconques du lieu de l’achat, sur celui de l’emploi.
« 2. Il sera fait une grande porte en face du dit bâtiment principal et sur la portion de cour vendue au Sr François Périot et son épouse et à frais communs entre les Srs Periot et Ferron, laquelle dite porte sera en bois blanc et à herse, fors les bourdonneaus qui seront en bon chêne. Tous les achats, tant en bois, pierre que fer seront aussi à frais commun, les charrois de tous les matériaux étant aux frais seulement du Sr Ferron. Il est bien entendu et convenu que les piliers de la dite grande porte à laquelle le Sr Périot et son épouse auront seul usage, seront en bonnes pierres de taille. Lesquels mur et grande porte, les Srs Périot et Ferron s’obligent de faire faire d’ici trois ans date des présentes, d’ici laquelle époque, le SrPériot et tous autres auront droit de passer par la porte actuellement existante. »
Le château après 1818 : la bourgeoisie
Les Périot ne vont pas rester longtemps propriétaires du château de Bournand.
Les Joly / Pousset et héritiers (1831-1898)
A la suite du décès de Madeleine Chrétien, épouse Périot, en janvier 1825, le château est mis en vente et acquis le 12 juillet 1831, au prix de 8 000 francs, par Henri Joly « propriétaire » et son épouse, Rose Pousset , fille d’Hugues Gabriel, l’ancien fermier de la seigneurie. Le couple n’aura pas d’enfant.
Henri Joly décède en 1854 et Rose, beaucoup plus tard – en 1891 – laissant ses biens à ses neveux, descendants de ses cousines Rousseau, et Balleyguier.
Parmi les Balleyguier, Eugène, le célèbre journaliste, critique d’art et écrivain, a pris comme pseudonyme le nom de Loudun. Il est venu souvent à Bournand, au château, voir sa tante Rose et au cimetière, sur la tombe de ses parents décédés en 1852 et 1865.
Les héritiers de Rose Pousset vendent le château le 15 février 1897 à l’un d’entre eux, le docteur Albert Rousseau, pour 10 600 francs : « une maison appelée le château de Bournand, consistant en plusieurs corps de bâtiments comprenant : Salle à manger, salon, cuisine, plusieurs chambres à coucher, grenier et cave. Remises, écuries, greniers, granges, cellier, bûcher et autres servitudes. Cour devant les bâtiments, jardins et enclos. Le tout d’une contenance d’environ un hectare. »
On doit sans doute l’embellissement du parc à Rose Pousset et, entre autres, la plantation des séquoias, importés en France à partir des années 1850.
La commune de Bournan (1898-1903)
En 1898, la commune achète le château (13 000 francs) au docteur Albert Rousseau afin d’y établir le presbytère.
Le projet ne s’étant pas concrétisé, le château est revendu.
Les Gabillon / Guibault et leur fille (1903-1974)
Le 10 juillet 1903, François Gabillon, « propriétaire demeurant au Puy Blanc commune de Roiffé » (86), acquiert le « château de Bournand » au prix de 14 000 francs.
François Gabillon et son épouse, Honorée Guilbault, s’y installent avec leur fille unique, Marie Antony. Le ménage est bien ancré dans le pays: François est né à Bournand (1857) et Honorée, à La Rondière, commune de Vézières (1858) où ses proches et riches parents, les Foucault, descendants de Pierre Mauléon, l’inventeur de la trufficulture française, sont propriétaires du château des Forges.
En février 1911, à 26 ans, Antony épouse, à Bournand, Raoul Souriau, « propriétaire ».
On peut penser que les Gabillon ont été étonnés de découvrir que la belle maison du bourg, récemment transformée par les Sorin, était dénommée « Le Château » de Bournand !
Après le décès d’Urbain Vinçonneau en 1885, sa fille unique, Marie Célestine, et son époux, Jules Sorin, transforment leur maison du bourg de Bournand en une belle maison bourgeoise que l’on trouve dénommée « Le Château » de Bournand sur une carte postale de Dando-Berry et dans les actes notariaux à partir de 1921.
En 1929, lesSouriau, qui n’ont pas eu d’enfant, divorcent.
A la mort de ses parents – 1937 pour son père, 1940 pour sa mère – Antony se retrouve propriétaire du château estimé à 48 000 francs, de biens fonciers sur «Vézières, Roiffé, Beuxes, Seuilly, Lerné », de numéraire…
Agée, s’étant rapprochée de parents, Antony Gabillon décède, le 17 janvier 1974, à Angliers (86), à 89 ans.
Le souvenir de la famille Gabillon est toujours présent au château dont les grilles portent leurs initiales.
Huit siècles d’histoire se terminent…
L’histoire du château de Bournand remonte au moins au début du XIVe siècle. On y croise d’abord les très catholiques La Haye – dont le chevalier Robin entré dans la légende – puis leurs descendants, grandes familles protestantes de France (les Théligny, La Noue, Cordouan)… A l’orée du XVIIIe siècle, « la robe » (l’intendant Lamoignon de Basville) l’acquiert pour en faire un des domaines constitutifs du marquisat de La Mothe…Cent ans plus tard, la bourgeoisie s’y installe…




